La préfecture d’Ehime, située au nord-ouest de Shikoku, est la plus peuplée des quatre préfectures de l’île, avec pour capitale Matsuyama. Dans l’Antiquité, elle correspondait à la province d’Iyo, dont subsistent encore aujourd’hui de nombreux vestiges culturels et historiques. Bordée au nord par la mer intérieure de Seto, Ehime a longtemps entretenu des liens étroits avec Hiroshima et la région du Chūgoku grâce aux échanges maritimes, ainsi qu’avec Okayama, Yamaguchi et Ōita. Géographiquement, la péninsule de Sadamisaki s’avance vers l’ouest, marquant la frontière entre la mer intérieure et l’océan Pacifique, conférant à Ehime à la fois la douceur des eaux intérieures et la majesté des horizons maritimes.
Le climat varie selon les zones. Sur le littoral de la mer intérieure, il est doux et peu pluvieux, mais les ressources en eau sont limitées, et des restrictions s’imposent souvent à Matsuyama durant l’été. En revanche, la région du Nanyo, tournée vers la mer d’Uwa, reçoit davantage de précipitations sous l’influence du courant Kuroshio. En hiver, le plateau de Kuma, en altitude, connaît un climat rigoureux et accueille même des stations de ski. Ces contrastes nord-sud favorisent une agriculture diversifiée, allant des vergers d’agrumes aux cultures maraîchères d’altitude.
Ehime regorge de sites historiques et naturels. À Matsuyama, le Dōgo Onsen, considéré comme le plus ancien onsen du Japon, est mentionné dans le Nihon Shoki. Le château de Matsuyama, perché sur une colline, offre une vue panoramique sur la ville et la mer intérieure. À Imabari, le sanctuaire Ōyamazumi abrite la plus grande collection nationale d’armes et d’armures, ce qui lui vaut d’être appelé le « gardien des samouraïs ». Les quartiers traditionnels d’Uchiko ou d’Uwajima, avec leurs maisons aux murs blancs, évoquent le charme des époques Edo et Meiji.
Les paysages naturels sont tout aussi remarquables. Le mont Ishizuchi, point culminant de l’ouest du Japon, est un haut lieu de pèlerinage et de randonnée. Les gorges d’Omogo, aux eaux limpides et aux falaises abruptes, changent d’allure au fil des saisons. Le littoral de la mer d’Uwa est ponctué de terrasses agricoles spectaculaires (danbatake) descendant vers la mer. Enfin, la route de Shimanami Kaidō, reliant Shikoku à Honshu par une succession de ponts depuis Imabari, est un itinéraire cycliste mondialement réputé, offrant des panoramas superbes sur les îles et la mer.
Ehime conserve aussi un riche patrimoine culturel. Le Nio-mon du temple Ishite-ji, le hondō de Tai-san-ji et celui de Daibō-ji à Matsuyama sont classés trésors nationaux. Les jardins de Tensha-en (Uwajima) et de Garyū Sansō (Ōzu) reflètent l’élégance des jardins japonais. Des districts tels que le quartier d’Uchiko Yōkaichi–Gokoku, lié à l’essor de l’industrie de la cire, sont protégés comme ensembles traditionnels.
Côté gastronomie, Ehime est un véritable royaume des agrumes : mikan, iyokan, kanpei, kiyomi… tous réputés pour leur douceur et leur jus abondant. À Imabari, le yakitori cuit sur plaque de fer séduit par sa texture croustillante. À Matsuyama, le tai-meshi (riz à la dorade) se décline en deux variantes : cuit avec le riz ou servi cru avec œuf et sauce soja. À Uwajima, le tai-meshi local est incontournable. Parmi les douceurs, les Botchan dango et le gâteau roulé (taruto) sont des spécialités appréciées de Matsuyama.
Les festivals d’Ehime sont hauts en couleur. Le festival de Matsuyama anime la ville chaque été, tandis que le festival des tambours de Niihama est l’un des trois grands festivals de Shikoku, avec ses gigantesques chars-taiko portés en procession. L’Ushi-oni matsuri d’Uwajima, avec ses effigies de taureaux-démons et ses défilés festifs, exprime avec vigueur les traditions locales.